Ikigami-préavis de mort

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Ikigami – préavis de mort
Une Manga Seinen de Motorô Mase et machin édité par Asuka

ikigami-t1-couv.jpgC’est « pour la prospérité nationale » que les enfants se font vacciner en entrant à l’école primaire.
Si la plupart des seringues ont pour but d’immuniser contre des maladies infectieuses, certaines contiennent une microcapsule qui entrainera le décès de son hôte à une heure et un jour fixés à l’avance par l’Etat.
C’est de manière totalement aléatoire qu’un enfant sur mille est ainsi destiné à mourir entre 18 et 24 ans.
Fujimoto est un des fonctionnaires chargés de délivrer l’Ikigami, un préavis de mort qui annonce aux victimes de cette roulette russe à grande échelle, qu’il ne leur reste plus que vingt-quatre heures à vivre.
Tous ne prennent cependant pas cette nouvelle de la même manière …Je n’avais pas encore commencé Ikigami. Le concept me plaisait bien, mais le temps, le format manga (j’ai un peu de mal avec la lecture à l’envers), nourrir le chat et plein d’autres trucs super importants ont remis ma lecture au lendemain.Et puis ce matin suite à l’article et ses multiples rebondissements j’ai plongé.

L’article sur Bulles et Onomatopées les rebondissements ta -tan ! (le ta-tan c’est pour le ressort dramatique)

La thématique repose sur une idée forte, complexe et assez dérangeante une sorte de peine de mort, mais pas vraiment, une épée de Damoclès menaçant la vie des «jeunes» entre 18 et 24 ans. Postulat assez odieux pour qu’on attende de la part du Fonctionnaire (le personnage récurent de la série, celui auquel on peux, doit ? s’identifier) une forme de rébellion, en tout cas un évolution notable. Il est vrai que sous cette forme narrative, assez proche en fait des épisodes d’une série télé, l’enchaînement des histoires (présentation du contexte – annonce de l’Ikigami – réaction – conclusion) est assez répétitive et risque à terme de devenir lassante.
Il est surprenant que l’auteur n’ait pas développé une histoire générale sur laquelle seraient venus se greffer les Ikigamis (un peut à la manière de « six feet under » ou chaque épisode raconte le décès d’une personne dans le cadre plus vaste de la vie d’une famille d’embaumeurs). Pourtant, je pense que c’est ce choix qui fait la force de Ikigami, l’attente de réaction tient donc plus de la forme narrative que du fond.
Motorô Mase livre le truc brut, c’est bien, pas bien, ce n’est pas son propos. On est assez proche des écrits de Philip K. Dick. Ikigami c’est un peu le Blade Runner des enfants. Des enfants qui ne sont plus que des sortes de répliquants à qui on fixe une durée de vie, un peu comme un produit.
Dans Blade Runner, comme dans de nombreux (tous ?) ouvrages de Philip K. Dick le narrateur ne prend pas partie, il décrit, il raconte, il détaille, mais c’est au lecteur de ce faire une idée et d’en tirer ses propres conclusions. Le propos de Motorô Mase est le même.Le fonctionnaire n’est pas là pour se rebeller, je ne sais même pas si il est là pour juger, il montre c’est tout, le reste c’est notre boulot. Doit on condamner ce type de loi, comment, que ferions-nous ?Voilà en quoi Ikigami est, à mon sens, pleinement réussit. Il pose des questions douloureuses (surtout quand on est parent) mais surtout n’apporte pas de réponses, ne cherche pas à influencer le lecteur et c’est très bien ! On se retrouve face à nos propres interrogations et c’est là que commencent l’aventure et la réflexion. Quelle serait la portée de Ikigami si le fonctionnaire prenait partie ?
Un brûlot fasciste, si celui-ci prenait fait et cause pour la loi et le gouvernement, avançant des justifications réactionnaires à ses actes.
Une bluette pour ado, si celui-ci se transformait en super héros révolutionnaire.… Je rejoindrais toutefois David de IDDDB sur la Forme.
Au bout de 4 tomes j’ai un peu l’impression d’avoir fait le tour, je vais quand même manger les autres, juste pour voir, par souci de cohésion intellectuelle et parce que, forcément, moi aussi j’ai bien envie qu’il se bouge le petit fonctionnaire … haaaa, l’attrait des happy end. Il est intéressant de voir comment les problèmes de société d’une nation, peuvent devenir omniprésents dans leur représentation culturelle.
De même que l’Amérique qui n’en finit pas de régler ses problèmes avec la figure du père (le président héro ou salaud, Batman et les supers héros en général …)
Le japon et à travers lui les mangas, retracent les traumatismes de cette enfance sacrifiée (Battle Royale, Akira, …), ou Ikigami ne serait rien d’autre qu’une métaphore sur le suicide des jeunes.

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4 commentaires

  1. David (IDDBD) dit

    Salut,
    nje viens de suivre ton lien de B&O… J'aime beaucoup ta présentation et ton argumentaire.
    nJ'aurais effectivement aimé une approche plus proche de 6 feet under plutôt que ce schéma répétitif assez ennuyant à la longue.
    nJe ne sais pas si le fait que le fonctionnaire se bouge puisse faire forcemment une happy end… il peut également mal finir, de très bon & grands mangas politiques finissent mal (Les Vents de la Colère par exemple), l'absurdité d'une telle loi et surtout la société qu'elle dissimule pourrait complètement éclatée au grand jour avec la mort de ce fonctionnaire.
    nEt puis, il y a une 3e possibilité que tu n'as pas exploré : et si le fonctionnaire disait simplement "Non, j'arrête ! Faites votre boulot tout seul :" Quelle surprise et quelle forme de contestation passive !?
    nJe reste dubitatif sur la forme car, comme je l'ai dit dans le 2e commentaire sur B&O, je trouve qu'il exclut immédiatement le lecteur sans lui donner la possibilité d'entrer plus tard dans le récit.
    nSans parler du fait qu'à ce rythme là, le nombre de volumes risquent de battre les records de Naruto ou autre One Piece ! Mais ça c'est une autre histoire… d'éditeur !

  2. Bruce dit

    Effrayé lors de la lecture du premier volume par cette société totalitaire qui ne dit pas son nom, j'ai vraiment accroché à la construction narrative et à la tension dramatique des épisodes. Mais je deviens dubitatif quant à l'évolution de la série et crains un peu le filon de la série sans fin. Autre possibilité (et plus j'y pense plus elle me plaît) : le fonctionnaire n'a pas encore 24 ans et reçoit l'ikigami… On pourrait imaginer un épisode plus long (sur deux volumes avec cliffhanger à la fin du premier par exemple….) qui conclut la série et apporte une réponse politique définitive à l'ensemble.

  3. fred dit

    @David,
    nMerci. Je me fait le 5,6,7 entre midi et 2, je verrais bien si ça évolue un peu. Sinon c'est sur ça va devenir un poil lourd.
    n@Bruce +1, j'y ai pensé, ce serait un dénouement assez intéressant …

  4. David (IDDBD) dit

    @Bruce : +1 également, voilà un dénouement qui donnerait à la série une véritable épaisseur. Mais il n'a pas dépassé l'âge ? Il me semble qu'il le dit dans la première partie du tome 1…

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